La déconstruction massive dans le Grand Nouméa après les émeutes

Depuis la mi-mai 2024, le Grand Nouméa porte encore les traces des violents événements qui ont secoué la région. Près de cinq mois après les premières nuits de chaos, les stigmates des incendies et des saccages demeurent visibles, et le démarrage des chantiers de déconstruction se fait lentement. Retour sur les enjeux de cette opération d’envergure qui concerne plusieurs centaines de déchets venant de ces bâtiments endommagés. On fait le point avec Jean Fixot de la société Chimirec.

Les premiers chantiers de démolition

Les premiers travaux de démolition ont débuté en juillet 2024, soit deux mois après les émeutes. L’un des premiers bâtiments à être détruit fut l’immeuble Tagaï, situé à Dumbéa-sur-Mer. Ce bâtiment, qui abritait notamment une salle de sport et un fast-food, avait été gravement endommagé par les incendies. L’entreprise Sciage Béton, spécialisée dans le démantèlement de structures, a été sollicitée pour mener à bien cette opération.

Le chantier, qui a duré environ deux mois, a suivi un processus bien rodé. Après la mise en sécurité du site et la pose de signalisation, les ouvriers ont commencé par démanteler le toit avant de progressivement détruire les quatre étages du bâtiment. Ce projet pilote a marqué le coup d’envoi des travaux de déconstruction dans l’agglomération, bien que la mise en route d’autres chantiers tarde à suivre.

Des retards dans les indemnisations

Malgré les dégâts visibles, la plupart des bâtiments endommagés sont encore debout. En effet, bien que près de 500 bâtiments aient été touchés par les émeutes, très peu de démolitions ont été effectuées. Le principal obstacle à l’accélération des travaux réside dans les retards des indemnisations versées par les assurances. Selon Hiro Mattaliano, gérant de l’entreprise EMC, spécialisée dans le traitement des déchets, les experts et les assurances tardent à débloquer les fonds nécessaires, ralentissant ainsi les projets de démolition.

Ainsi, sur les 500 bâtiments sinistrés, seuls 10 à 20 dossiers ont été finalisés. Cette situation freine considérablement les opérations, malgré l’urgence de certaines démolitions, en particulier pour les bâtiments jugés dangereux.

La gestion des déchets de déconstruction

Un autre enjeu majeur de cette vaste entreprise de démolition concerne la gestion des déchets. Les autorités ont mis en place des règles strictes pour éviter les dépôts sauvages et assurer un traitement conforme des matériaux issus des bâtiments détruits.

En juillet 2024, une zone de stockage dédiée aux déchets non dangereux a été ouverte sur le site de l’ISD de Gadji. Les entreprises de déconstruction doivent désormais contacter la Calédonienne des services publics (CSP), en charge du traitement de ces déchets, afin de garantir leur acheminement et leur traitement approprié.

Malgré ces dispositifs, certains acteurs du secteur soulignent des manquements de la part de nouveaux opérateurs, souvent venus du BTP, qui ne respectent pas toujours ces procédures. Cela a conduit à l’abandon de certains déchets dans la nature, selon Gaël Pierre, co-gérant de la CSP. Face à cette situation, les autorités locales ont renforcé les contrôles et les sanctions pour s’assurer que les entreprises respectent les règles établies.

Related posts

Leave a Comment